J'ai perdu 1 240 € en dix-huit mois sur un contrat d'assurance vie. Pas à cause d'une fraude, pas à cause d'un conseiller véreux. Simplement parce que j'avais mis 70 % de mon épargne en unités de compte sans comprendre ce que j'achetais. Quand les marchés ont corrigé en 2022, j'ai paniqué, j'ai arbitré vers le fonds en euros au pire moment, et j'ai cristallisé la perte.
Trois ans plus tard, mon allocation est toujours majoritairement en unités de compte. Mais j'ai appris à le faire autrement. Et c'est exactement ce dont je veux parler ici : faut-il investir en unités de compte, et surtout comment, dans un contexte où les fonds en euros sont remontés à des niveaux qu'on n'avait pas vus depuis dix ans.
Points clés à retenir
- Les UC n'ont aucune garantie de capital : la valeur monte et descend selon les marchés.
- Les fonds en euros ont retrouvé des rendements autour de 2,65 % en 2025, ce qui change l'arbitrage.
- Le risque réel dépend du support choisi (actions, obligations, immobilier), pas de l'étiquette « UC ».
- Les frais de gestion des UC tournent souvent entre 0,5 % et 1 % par an, en plus des frais du contrat.
- Il existe des mécanismes de sécurisation des plus-values, trop peu utilisés.
Faut-il investir en unités de compte : la vraie question n'est pas oui ou non
Poser la question comme ça, c'est déjà se tromper. Personne ne devrait avoir « tout UC » ou « tout fonds en euros ». La vraie question, c'est : quelle part de mon épargne peut supporter une perte temporaire sans que je change d'avis au mauvais moment ?
Longtemps, les fonds en euros ont offert un rendement modeste qui a poussé les épargnants à chercher plus de performance du côté des unités de compte. Même si les fonds en euros ont retrouvé des niveaux plus attractifs, autour de 2,65 % en 2025, les UC restent le principal levier pour dynamiser une assurance vie sur le long terme.
Voilà le point que beaucoup ratent. On présente souvent les UC comme un choix par défaut pour « qui veut du rendement ». En réalité, le rendement n'est jamais garanti. Ce qui est garanti, c'est uniquement le fonds en euros, et encore, à hauteur de la garantie contractuelle de l'assureur.
Définition rapide (mais utile)
Une unité de compte, c'est une part de support financier : un fonds actions, un fonds obligataire, une SCPI, un ETF. Vous n'achetez pas une promesse de rendement, vous achetez une part dont la valeur fluctue chaque jour. Contrairement au fonds en euros, la valeur de votre épargne peut baisser. C'est mécanique, pas un accident.
Quels sont les principaux risques d'un investissement en unités de compte ?
Beaucoup les jugent forcément risquées. Mais en réalité, si le risque existe, il se mesure selon les supports que vous choisissez : actions, obligations, immobilier. Un fonds monétaire en UC et un fonds actions émergentes en UC, ça n'a rien à voir.
Le premier risque, c'est la perte en capital. Si vous mettez 10 000 € sur un fonds actions et que le marché perd 30 %, votre épargne vaut 7 000 €. Point. Pas de rattrapage automatique.
Le deuxième, plus insidieux : le risque de timing. J'en ai fait l'expérience. Investir une grosse somme la veille d'une correction, ça fait mal au moral, et ça pousse à vendre au pire moment.
Le troisième, celui dont personne ne parle assez : le risque de change sur les UC investies hors zone euro. Un fonds américain peut grimper de 8 % en dollars et ne rien rapporter en euros si le billet vert baisse.
Enfin, il y a les frais. Et là, franchement, c'est le tueur silencieux.
Les frais qui mangent la performance
Sur un contrat d'assurance vie, les UC supportent des frais de gestion qui tournent souvent entre 0,5 % et 1 % par an, auxquels s'ajoutent parfois des frais sur versement, des frais d'arbitrage, et les frais internes des fonds eux-mêmes. Sur dix ans, 1 % de frais annuels, c'est environ 10 % de performance finale en moins. Ce n'est pas un détail.
UC vs fonds en euros : comment arbitrer en 2025-2026
Le contexte a changé. Quand le fonds en euros rapportait 1 %, l'UC était la seule option crédible. À 2,65 %, la donne n'est plus la même.
| Critère | Fonds en euros | Unités de compte |
|---|---|---|
| Garantie du capital | Oui (nette de frais) | Non |
| Rendement 2025 | ~2,65 % | Variable, potentiellement négatif |
| Horizon conseillé | Court/moyen | 8 ans et plus |
| Frais de gestion typiques | 0,6 % à 1 % | 0,5 % à 1 % + frais du fonds |
| Liquidité | Immédiate | Immédiate (valeur du jour) |
Mon avis, et je l'assume : si votre horizon est inférieur à cinq ans, l'arbitrage est vite vu. Le fonds en euros redevient compétitif. Au-delà de huit ans, la probabilité historique que les UC battent le fonds en euros reste élevée, à condition de ne pas choisir n'importe quoi.
Stratégie d'allocation concrète (ce que je fais vraiment)
Après des mois de tâtonnements, j'ai fini par appliquer une règle simple. Elle n'est pas parfaite, mais elle m'évite de faire des bêtises.
Répartition par horizon
- Moins de 5 ans : 100 % fonds en euros. On ne joue pas.
- 5 à 10 ans : 40 à 50 % UC maximum.
- Plus de 10 ans : 60 à 80 % UC, avec un noyau diversifié.
- Horizon retraite lointain : gestion pilotée à horizon, qui sécurise automatiquement les plus-values à mesure qu'on approche du terme.
Le mécanisme de « cliquet » mérite qu'on s'y attarde. Certains contrats permettent de verrouiller une partie des gains en les basculant vers le fonds en euros. Concrètement : si votre UC a pris 20 %, vous sécurisez la moitié et laissez courir le reste. C'est imparfait, ça coûte parfois de la performance, mais ça évite de tout perdre sur un krach.
Choisir ses supports sans se tromper
Trois critères suffisent, en réalité :
- Le nombre d'UC disponibles dans le contrat. En dessous de 50, fuyez.
- La présence d'ETF ou de fonds indiciels à frais réduits.
- La qualité de l'assureur et la lisibilité de sa documentation.
Un contrat avec 400 UC dont 380 sont des fonds maison à 2 % de frais ne vaut pas mieux qu'un contrat avec 80 UC bien choisies.
La fiscalité des UC : ce qu'on oublie de dire
Bonne nouvelle : la fiscalité de l'assurance vie s'applique de la même façon, que votre contrat soit en euros ou en UC. La différence se joue ailleurs, sur la plus-value imposable.
Lors d'un rachat partiel, seule la part de plus-value contenue dans le rachat est fiscalisée, au prorata. Si votre contrat a 30 % de plus-value et que vous retirez 1 000 €, seuls 300 € seront imposés. Après huit ans, l'abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) s'applique, et les prélèvements sociaux restent dus dans tous les cas.
Un point que j'ai mis du temps à comprendre : arbitrer à l'intérieur du contrat n'est pas un rachat. Pas d'imposition tant que l'argent reste dans l'enveloppe. C'est ce qui rend l'assurance vie intéressante pour rééquilibrer sans frottement fiscal.
Les erreurs que j'ai faites (et que vous pouvez éviter)
J'aurais aimé qu'on me dise tout ça avant. Alors voilà, en vrac.
- Investir 70 % de mon épargne en une seule fois, sur un pic de marché.
- Choisir un contrat pour son « bonus » de bienvenue, sans regarder les frais.
- Ne jamais rééquilibrer pendant deux ans, en laissant la poche actions dériver.
- Vendre en panique après une baisse de 15 %, puis racheter six mois plus tard, plus cher.
Le lissage (investir par petites tranches mensuelles) et l'automatisation des versements sont les deux choses qui m'ont le plus aidé. Pas de décision émotionnelle, juste un virement programmé.
Alors, faut-il investir en unités de compte ?
Oui, pour la majorité des épargnants avec un horizon long. Non, pour ceux qui ont besoin de leur capital à moyen terme ou qui ne supportent pas de voir la ligne baisser sans agir.
La vraie leçon que j'en tire, c'est que le problème n'a jamais été les UC. Le problème, c'était moi. Mon manque de méthode, mon excès de confiance, ma réaction émotionnelle. Une fois ces trois choses corrigées, les unités de compte deviennent ce qu'elles auraient toujours dû être : un outil parmi d'autres, ni magique ni dangereux.
Si vous devez retenir une seule chose : avant de souscrire, écrivez sur papier ce que vous ferez si votre contrat perd 30 %. Si vous n'avez pas de réponse claire, vous n'êtes pas prêt. Et c'est très bien de l'admettre.